"Préface"

Certains connaissent cette légende depuis longtemps. Aujourd'hui redécouvrez-la à travers les yeux d'un jeune garçon qui recherche sa place, comme tous les autres, dans un monde rêves et poésie ont été balayés par la plusvastatrice des crises de ce millénaire.

Tout commence dans un futur malheureusement trop proche.
Le
s ressources terrestres sont complètement épuisées. Les tensions les plus fortes et les chutes financières des plus importants consortiums ont fini par faire appartre des pnomènes de manifestation, de gve, des apparitions de mouvements de guerilla, l'apogée du terrorisme et le renforcement sespéré des forces armées gouvernementales.
Le phénomène de mondialisation, alors à son paroxysme, condamna tous les états du monde, les uns après les autres, victimes d'une terrible action en chaîne.

L
a guerre civile géralie fera de nombreuses victimes.


C'est à cette fin que tout commence...
"Préface"

# Posté le samedi 25 août 2007 08:17

Modifié le samedi 25 août 2007 08:48

Première et quatrième de couverture

Première et quatrième de couverture
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# Posté le samedi 25 août 2007 08:49

CHAPITRE I

PREMIERE PARTIE
CHAPITRE I




Chacun avait entendu parlé des anges déchus... Chacun les craignait ; comptant sur le secours des anges purs veillant sur eux. Mais il fut une histoire que l'on prit soin de cacher aux hommes. Celle d'un être dont le père était un soleil originaire des enfers et dont la mère était l'astre lunaire, lueur d'espoir dans la nuit des temps. Banni du royaume du Diable car il n'y avait pas sa place, et exclu du monde des hommes auquel il n'appartenait pas. Il devait chercher dès lors la voie du Royaume des cieux comme tous ceux qui vivent sur cette Terre. Mais souffrant de la solitude et ignorant si son âme serait la bienvenue au Paradis, il se mit à errer entre les brumes du désespoir et la clarté bienveillante des nuits scintillantes. Il était seul. Les étoiles étant ses seules confidentes, il protégerait les faibles humains des souffrances infligées par ses cousins démoniaques. Partageant la tâche des anges gardiens qui, pourtant, lui restaient des inconnus.

Voici l'histoire d'u
ne créature aux origines sombres et au coeur de diamant. Une originalité de la continuelle histoire de la création. Un être que Dieu mettra à l'épreuve. Un de ses esprits à devoir mériter sa place à la droite du Très Haut. Un soldat de la nuit défendant les causes de la Lumière.

Le gardien aux ailes d'ébène. Cel
ui que certains nomment encore

L'Ange a
ux Ailes Noires.



Ael avait ce jour-
là fouillé le grenier de l'orphelinat, à la recherche de la moindre breloque qui lui en aurait dit d'avantage sur ses parents. Car après la dernière guerre, qui avait duré six ans, beaucoup de colis circulaient entre les familles séparées. Le jeune garçon était le seul pensionnaire de l'établissement à n'avoir jamais reçu quoi que ce soit. Il était persuadé que la direction lui prenait son courrier ; lui cachait quelque chose. Pourquoi pensait-il cela ? Lui-même l'ignorait. Il était ni paranoïaque, ni curieux à son habitude. Et pour autant, une voix plus forte que sa raison l'avait poussé à quitter les dortoirs en pleine nuit pour se risquer dans les vieilles archives du dernier étage. Ce qui était formellement interdit. Il avait exploré le casier poussiéreux qui portait son nom. A la différence de ses camarades, seul le prénom figurait sur l'étiquette. Personne ne savait qui étaient ses parents. Ou du moins, peut-être, personne ne désirait le savoir. Toujours est-il qu'au fond de ce bac poussiéreux, il y avait repéré un livre, dans un état de conservation remarquable. Il manipulait avec soin cet objet. Car on ne fabriquait plus de livres depuis la fin de la guerre. Le papier devenant trop cher et l'informatique ayant pris le dessus, qui donc penserait encore à en éditer ?
Il ne savait pas pourquoi cette antiquité se trouvait dans son casier. Il en tournait les pages doucement. Comme si sa rareté lui donnait une fragilité supplémentaire. Il se concentrait sur chaque page qu'il tourna. C'est là qu'il découvrit la « légende de l'Ange aux Ailes Noires ». Quel rapport cela pouvait-il bien avoir avec lui ?
Les écrits étaient
pour la plupart datés. Les pages étaient manuscrites. Il devait s'agir d'un journal personnel ; tenu durant une dizaine d'années.
L'adolescent n'eut le temp
s d'en lire beaucoup plus, car des pas résonnaient dans les coursives voisines. Il jeta alors un rapide coup d'oeil sur ce qui l'attendait pour plus tard aux pages précédentes. Sans lire, il parcourut rapidement l'ouvrage sans la moindre brutalité pour ne pas abîmer les feuilles et surtout pour ne pas alerter quiconque avec le son caractéristique au papier. Il eut le temps de constater la présence de quelques croquis, de listes, et surtout d'une carte. Ce journal lui apporterait sans doute quelques éclaircissements sur ses aïeux. Il rangea tout ; bien déterminé à revenir sur les lieux très prochainement. Puis il attendit que les pas se soient éloignés pour quitter la grande salle sombre au toit vitré, traverser le grand couloir, descendre l'escalier, rejoindre son dortoir et enfin regagner son lit.
Une fois parve
nu à son dortoir, puis à son armoire, il commença doucement à se dévêtir pour la nuit :

« Qu'est-ce que tu foutais en
haut ?
-Parti aux toilettes.
-Ah oui ?
Pourquoi au dernier étage ?
-Je préfèr
e. C'est... plus propre. En bas y'a jamais de papier.
-Prends-moi pour une bill
e, j'te dirais rien. Nan franchement, c'était pourquoi ?
-Si... C'est ça... Me
crois pas si tu veux Vlad. Cela ne change rien pour moi.
-Allez quoi ! Avoue !
T'as été voir le dortoir des filles hein ? Tu t'es arrangé pour pas avoir d'ennuis avec la surveillante, c'est ça ? Puis t'as rejoint ta cible ! C'est ça hein ? Tu vois j'suis pas si con !
-Vlad.
..
-Quoi ?
-Si.
-Hein ?
-T'es très con.
..
-Pfff... »

***


Vad et Ael étaient
arrivés le même jour dans cette drôle de prison. Tout comme Ael, Vlad ne connaissait pas sa famille. Et il savait que le nom qu'il portait n'était pas celui de ses parents. Archer... Cet internat cafardeux angoissait tout le monde ou presque. Vlad dormait peu et aimait bien se ballader pour aller fumer une cigarette de temps à autre, s'amusant à déjouer les rondes des surveillants. Il était peu travailleur, mais néanmoins très actif autant de jour que de nuit. Infatigable, et surtout très malicieux. Taquin, provocateur, mais humble et généreux quand il le voulait.
Son grand défaut :
Un incorrigible coureur de jupons !
Ae
l ne le suivait jamais dans ses escapades nocturnes. Et Vlad était bien curieux de savoir pourquoi les rôles s'étaient inversés cette nuit là.
Son ami ne lui
expliquerait pas. Il venait de le comprendre. Lorsque ce garçon ne voulait pas expliquer sur le moment, il n'expliquerait pas non plus le lendemain, ni le lendemain, et encore moins le surlendemain. La nuit s'acheva sans le moindre bruit.
Le matin arriva
it doucement. La grande horloge de l'étage sonna sourdement cinq heures. Les élèves avaient encore droit à une heure et demi de sommeil avant de s'éveiller à la pénible réalité.
Mais... Cela aurait
été sans compter en les aléas d'une fin de guerre. Les tensions étaient encore bouillantes autour de la ville-frontière. Et l'alarme retentit une nouvelle fois en ce matin frais de novembre.
On ente
ndit les baies vitrées éclater ! Le soleil dormait encore, mais le bâtiment était sans dessus dessous ! Tous les occupants désorganisés pour commencer, paniqués, sans repère clair, commençaient à bondir de leur lit. Puis, alors que les pensionnaires s'alignaient pour sortir, Ael quitta les rangs pour bondir plus haut dans la salle des archives et récupérer le journal. Il poussa brusquement la porte de la salle, sans souci de se faire remarquer. Il n'y songeait vraiment pas. Il retrouva de suite son casier, prit le journal, l'enroula dans un chiffon, s'apprêta à faire demi-tour, pour soudainement s'apercevoir que les sons autour de lui avaient changé. Il n'entendait déjà plus les bavardages de ses camarades, ils étaient sans doute déjà sortis ; mais au dessus de sa tête il entendit se rapprocher un sifflement très strident, paralysant lorsqu'on identifie enfin la cause d'un tel hurlement! Il entendit son coeur accélérer aussi puissamment que pouvait s'accélérer le rapprochement de la roquette.
Puis
il reprit ses esprits et se mit à courir plus vite qu'il n'aurait jamais pu le faire. Derrière lui, tout sembla se dématérialisé d'un coup, tout trembla, hurla, des chocs de pierre, de verre, de bois, se faisaient entendre puis un débris le frappa dans le dos avant de rouler vers sa tête et l'assommer littéralement. Il reprit ses esprits au bout de quelques secondes à peine, l'adrénaline le gardant en alerte. Son dos lui brûlait, il sentait les nombreuses échardes, mais il devait rejoindre Vlad et les autres dans les abris. Et ce, au plus vite.

***


L'Ange aux Ail
es Noires, une légende inconnue évoquée par un auteur lui-même inconnu qui était, d'une façon ou d'une autre, lié à Ael. Ce journal apporterait-il plus de réponses que de questions ?
Sur le moment,
Ael savait seulement qu'il avait un passé dont il existait une trace, et il devrait être capable de le découvrir à travers ce livre mystérieux. Il portait si précieusement ce livre dans ses bras, que lorsqu'il parvint à l'abri, on se pressa de faire un examen de ses blessures sans porter le moindre intérêt à son trésor. Il pourrait le garder. Du moins pour l'instant.
L'i
nternat étant détruit, et les étages supérieurs étant menacés par les hostilités de quelques groupes de guérilla, ou simplement des risques d'éboulement, les enfants passeraient les nuits prochaines dans les souterrains, en attendant que des cars les amènent dans une ville retranchée.
Les activités de la journée étant annulées, le jeune orphelin en profita pour explorer de nouveau ce livre qui était désormais son seul véritable bien. En effet toutes ses affaires au dortoir étaient probablement perdues à jamais. Il cherchait de nouveau la page où était dessinée la carte qu'il avait entrevue. Il désirait savoir à quoi elle correspondait. Peut-être qu'il saurait où aller pour partir à la recherche de son passé.
Mais il
fut très vite ramené à la réalité. Cette carte ne lui apprit rien. Il s'agissait d'une île qui ne lui rappelait aucune terre connue. Tout sur l'île en elle-même était décrit, mais rien sur sa position n'était indiqué. Il devrait chercher ailleurs d'autres informations. Il demanda à Vlad son PDA personnel pour faire une recherche. Il commença à tapoter sur l'écran tactile.
« Rien... Aucune des
îles répetoriées dans le monde ne ressemble à celle dessinée ici...
-Pourquoi tu veux sa
voir où est cette île?
-Laisse tomber. C'est
pas important.
-Pff,
tu m'dis jamais rien. J'croyais qu'on était potes.
-T'inquiète. C'
est juste que j'ai trouvé ce livre dans mon casier et je veux en savoir plus sur l'île mentionnée dedans. C'est tout.
-Aah ! C'est ç
a que t'étais parti faire cette nuit ? Et tu te ballade sans moi en plus ? Sympa... J'apprécie...
-C'est pas l
e moment de bouder ! Je n'y suis pas allé par plaisir figure-toi ! Et tu te serais ennuyé. Je voudrais juste savoir pourquoi on ne m'a jamais parlé ni de mes parents, ni de l'existence de ce bouquin ! Et pourquoi je ne reçois jamais de courrier ? Pourquoi on m'empêche d'avoir accès à mon dossier ? Pourquoi je n'ai pas de permission de sortie comme les autres ? Hein, tu peux m'le dire ?!
-Calme
-toi ! Ils vont t'entendre !
-Alors ça je m'
en fous bien ! Quelle importance ?
-S'il te
plaît Ael, calme-toi. Je ne pense pas que tu aies réellement envie de te faire repérer. Pour l'instant ils n'ont pas remarqué que tu te ballade avec le bouquin qu'ils ont l'air de t'avoir caché pendant un bout de temps ! Tu veux qu'ils le reprennent ?
-...
-Là...
voilà, c'est mieux. Bon, en admettant que tu trouves une info intéressante dans ton tas de poussière, tu feras quoi après ?
-Ben euh
... Rien. Enfin j'veux dire j'voudrais en savoir plus quoi. Sur mon passé.
-Ouais mais l
à tu cherchais une île. Si elle avait existé, t'aurais fait quoi ? Organisé ton évasion pour traverser l'océan avec 3¤40 en poche ? »

Matt avait raison é
videmment. Et c'est ce qui frustrait Ael. Il n'en dit pas plus ce jour là. Il n'avait plus envie de dire le moindre mot ; et se replongea dans la lecture complète du journal...
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# Posté le samedi 25 août 2007 08:56

Modifié le mardi 28 août 2007 10:54

CHAPITRE II

CHAPITRE II




...Le gardien aux ailes d'ébène. Celui que certains nomment encore

L'Ange aux Ail
es Noires.


Les Enfers sont le lieu où seul l'a
mour ne peut accéder! Ton coeur brûlera dès l'instant où tu y mettras les pieds! Les enfers sont le royaume des anges déchus ; ceux qui trahirent ce sentiment chimérique et pourtant si précieux qu'est l'amour, car en définitive, il est le seul bien qui nous sépare encore aujourd'hui des démons! Pour mon sort, je me vis subir l'histoire inverse! Je fus trahi par ce sentiment auquel j'avais dédié mon existence! Et ce, par deux fois ! Les êtres noirs des enfers voulurent alors faire de moi un de ces démons! Il me manquait cette arme qu'est la cruauté. Mais je restai sur Terre pour accomplir cette vengeance contre cette terrible désillusion. Rejeté du Ciel car n'étant ni mort ni mortel méritant, évitant les Enfers car étant désormais un ennemi du Malin, et errant telle une ombre dans le ciel de cette lune d'ébène, protégeant les âmes faibles et aveugles face à un ennemi fourbe à la langue aussi fourchue que la queue ! J'ignore quel destin je dois suivre aujourd'hui, quel rôle je dois jouer, quelle mission remplir. Mais je ne suis pas sans prendre conscience des conséquences. J'ai choisi mon camp et j'assume mes actes. Lorsque l'achèvement de ma vie surviendra, je regarderai St Pierre en face, et je lui reconnaîtrais que je viens de l'Enfer, que j'ai épargné cette horreur à bien des âmes, et qu'aujourd'hui je voudrais voir disparaître la noirceur de mes ailes pour enfin siéger aux côtés de mon véritable Père. Car je sais qu'il est miséricordieux. C'est le seul espoir qu'il me reste.

D.W.A.C.W.


Ael d
evrait identifier plus clairement l'auteur de ce journal. Mais pour l'instant il n'avait aucun moyen d'en savoir davantage. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était lire ce journal du début à la fin.
Il commençait à se faire réellement tard, et
un surveillant passait dans les rangs avec une lampe de poche. Le journal fut rangé dans son linge et mis de côté à l'abri des mains baladeuses. Ael se décida à dormir car il avait cruellement besoin de sommeil.
Son sommeil l'emmena au pays
des rêves. Et là il fit une découverte extraordinaire. Il se vit survoler une île fantastique. Cette île était certainement l'île décrite dans le journal. Son rêve lui paraissait si réel.
Il
avait le vertige. Il voulut s'approcher, et aperçut au sol, quelqu'un se mettre à courir, puis déployer une grande paire d'ailes noires !
Il vou
lut descendre pour le suivre, mais sur les pas de l'Ange sombre la terre brûlait. En effet Ael fut ébloui par une vive lumière, une intense chaleur, et fut déstabilisé par un coup de vent sulfureux. L'île était la proie des flammes, et l'Ange aux Ailes Noires fuyait. Ael voulut crier pour faire remarquer sa présence mais ce, sans effet.
Il tenta réellement d'aller plus vite pour rej
oindre cet ange mystérieux, il aurait tant à lui demander. Pourquoi l'île brûlait elle ? En quoi était-il lié à cette légende ?
Mais d'un coup,
il se sentit tomber, et se réveilla soudainement, sueurs glacées au dos, par terre, débarrassé de sa couverture :
« Debout messieurs ! Allons !
Il est l'heure ! »
Un des surveillants réveillait
brutalement chaque enfant les uns après les autres. Il n'y mettait aucune douceur, et semblait pressé.
« Nous partons pour Diamond Sand dans 15
minutes !
-Mais, et notre petit déjeuner ?
-Ton
p'tit quoi ? Haha haha ! Allez dépêche toi morveux ! »
Ael commençait réellement à en avoir ass
ez de cette vie. Les enfants étaient réellement négligés. Cet orphelinat de fortune était dirigé par des anciens soldats non-volontaires qui défoulaient leur colère quand ils le pouvaient, qui n'acceptaient pas leur carrière ratée.
Ils deva
ient conduire les orphelins à l'abri des bombes, à une vingtaine de kilomètres. Malheureusement, aucun véhicule motorisé n'avait pu être disponible, et ils devraient marcher.
Vlad suivait Ael,
dépité d'être séparé des filles.
Les enfants déc
ouvraient les ruines de ce qui fut leur ville. Deux semaines seulement qu'ils n'étaient sortis dehors, et tout était méconnaissable ! Ils avaient de mauvaises chaussures qui ne tiendraient certainement jamais la distance à parcourir, des vêtements bien légers par rapport à la saison, et une hygiène laissant à désirer. Mais ils s'en moquaient. On entendait bien sûr deux trois des plus jeunes qui pleuraient, appelant leur mère. Ael écoutait ces complaintes en silence, se demandant où étaient ses parents. Etaient-ils doux et gentils ? Si c'était le cas, ils ne l'auraient jamais laissé dans ce pseudo-orphelinat. Il n'y avait que deux solutions. Soit ses parents avaient été séparés de lui dans les hostilités, soit ils l'avaient abandonné et il n'y avait plus rien à espérer. Ael refusait catégoriquement d'envisager la seconde hypothèse. Il voulait connaître ses parents et son passé. En effet il ne se souvenait plus de son enfance. Un éclat d'obus l'avait frappé à la tête il y'avait de cela quelques années, et avait provoqué une amnésie. Du moins, c'est ce qu'on lui avait dit. Il n'y avait pas de raison valable de croire à un mensonge.
Toujou
rs est-il qu'il voulait partir et user du seul indice qu'il avait en sa possession pour retrouver la mémoire ou sa famille. Il pensait agir seul. Vlad avait beau être son seul véritable ami, il n'avait pas à l'embarquer dans cette histoire. Et puis il n'accepterait sans doute pas de l'accompagner.

***


La matinée fut longue et pénible
. Les estomacs grondaient, les pieds lançaient des pics de douleur aiguë, le froid était rude, et personne n'arrivait à évaluer la distance parcourue, et encore moins celle restant à parcourir. Sur les coups de 13 heures sonnant à une église épargnée par les combats et les raids des bombardiers, un des hommes qui guidait le groupe décida de faire une halte. Deux hommes monteraient la garde de chaque côté de la route, après que les enfants aient été placés au bord de la route. Ces chemins étaient sensés être déserts mais on n'était jamais trop prudent. Un petit commerce abandonné se trouvait à une vingtaine de mètres de là. Des provisions y furent récupérées et un repas plutôt frugal fut pris et partagé plus ou moins équitablement.
L'après-midi s'annonçait tou
t aussi longue que la matinée, voire pire.
Ael v
oulut tout de même prévenir Vlad de ses intentions. Cela n'aurait pas été juste de l'abandonner ainsi, et ils s'étaient voués une confiance mutuelle.
A l'arrêt pour la nuit, ce fut Vlad qui jus
tement vint rejoindre son ami, deux bols d'eau à la main :
« Alors, qu'est ce qu'il te raconte t
on fameux bouquin ?
-Ah, ça t'intéresse maintena
nt ?
-Bah j'ai que ça à faire, t'écouter avec te
s légendes bizarres.
-J'ai fait un rêve cette nu
it.
-Bah. ça arrive... dit-il un sourire léger a
ux lèvres.
-Nan enfin j'veux dire, en rapport av
ec le bouquin.
-T'as rêvé de l'île ?
-Exact, sau
f que mon rêve en disait bien plus que le journal.
-Et alors ?
-Alors ça veut dire qu'en effet,
je suis lié à cette histoire. Je devais la connaître déjà auparavant, mais je devais en savoir plus ! J'ai un rôle à jouer dans ce conte, tu ne comprends donc pas ?
-Ael... T
u l'as dit toi-même. C'est un conte. Et ton cerveau peut avoir inventé les éléments manquants dans ce que tu as lu. Tu vois ce que je veux dire ?
-Non attends ! C'était
si réel...
-Ecoute, je sais
bien que ta maman te manque. T'es loin d'être le seul à qui ça arrive. Et moi-même je donnerai cher pour retrouver ma famille. Mais sois un peu plus terre à terre. Tu veux bien ? Tout ce que tu me décris là, ce n'est que du rêve. Cela ne sert à rien. Tu crois réellement pouvoir grandir en t'accrochant désespérément à tout ça ?
-Je ne
cherche pas à grandir.
-Nan,
j'vois ça...
-Ecoute, j'veu
x pas m'engueuler avec toi, on est aussi bornés l'un que l'autre.
-Ouais, ça j'te l'a
ccorde ! Bon j'te connais bien, quand t'essaies de calmer le jeu plutôt que de rester sur tes idées comme un têtu, c'est que t'as quelque chose à me demander.
-Pas exac
tement. J'ai quelque chose à te dire, c'est vrai. Mais c'est pas vraiment une requête. Pas vraiment. Je te demande juste de garder le silence.
-Quoi ? A propos de ton ch
iffon ? Aucun problème !
-Na
n. Je ne t'ai pas encore dit ce que tu devras garder pour toi.
-Vas-y.
-Je compte me
barrer d'ici ! Dès cette nuit. Tu vois bien que je n'ai pas défait mon sac. J'ai récupéré de la bouffe en plus dans le magasin délaissé, tout à l'heure, en prétextant vouloir aller aux toilettes. Je pars retrouver ma famille.
-Je viens avec toi.
-Quoi
?
-Si si ! Je viens avec toi
.
-Attends ! T'es pas concer
né dans cette histoire. T'y crois même pas !
-Ouais ça j
e sais, mais mon but c'est pas de partir pour t'aider à trouver des piafs noirs humanoïdes et un bout de caillou paumé en plein océan. Mon but c'est de me casser d'ici. Et à deux on aura toujours plus de chances de s'en tirer. Bon, tu me diras, les forces de guérilla qui traînent ne doivent pas considérer des ados paumés comme une menace de premier ordre, mais on ne sait jamais.
-Donc tu m'
accompagnes juste pour partir d'ici. Et ça te dérange pas de me suivre pour retrouver mon passé ?
-Ne t'en fais p
as pour ça. Sans vouloir te vexer je pense que tu abandonneras vite. Et puis mes chances de retrouver ma propre famille resteraient bien minces si je restais avec ces chacals ! Il faut profiter du manque d'organisation de ce transit foireux pour nous barrer ! Et comme je n'ai pas d'azimut précis à suivre, autant te suivre.
-Je te révei
lle à 3heures... »

***



La
nuit était terriblement fraîche. Mais Ael avait tout de même rejoint de nouveau le continent où naissent les rêves.
Toujours l'île aux mill
e enchantements. Mais toujours cette tempête de feu qui finissait par s'y abattre avant qu'il ne puisse fouler cette terre qui semblait être le plus bel endroit de l'univers. Et de nouveau cet ange qui en décollait pour la dernière fois, sans regarder derrière lui. Le ciel parut si sombre juste avant que l'île ne soit attaquée par l'incendie mystérieux et terriblement dévastateur. Comme si le soleil avait tourné le dos à ce coin de paradis.
Ael a
vait envie de pleurer. Il survolait de haut la scène, sans pouvoir agir. La splendeur de l'endroit s'ancrait profondément dans sa mémoire avant de disparaître sous le brasier, et avant que le jeune garçon ne doive se réveiller. Encore le même rêve. Il n'avait rien appris de plus que la nuit dernière. Il ouvra son journal, alluma une lampe de poche, et parcourut anxieusement les pages.
Il y'
avait forcément un texte dans les pages proches de celle qui montrait la carte de l'île, un texte qui décrirait à quoi cet endroit ressemblait.
L'adolescent à l'éveil e
ncore difficile perdit rapidement espoir. D'autant plus qu'il semblait que certaines pages avaient été arrachées, à son grand étonnement.
Il
commença vraiment à s'énerver. Il était obsédé par une histoire pour gosses de huit ans, qui ne voulait rien dire. Il sentit qu'il était à la fois si proche et si loin de percevoir le message de ce journal. Il se demanda même si le classement de ce journal dans con casier n'aurait pas été une erreur. Peut-être qu'il s'épuisait en vain. Qu'importe !
Quelles qu'éta
ient ses convictions, il était tout de même déterminé à s'enfuir cette nuit. Il palpa son poignet pour trouver sa montre et le bouton pour actionner la diode lumineuse rouge. Il trouva et put lire 2 :56. Il savait qu'il avançait d'environ cinq minutes, s'en rappela machinalement, mais cela n'avait absolument aucune importance. Vlad ronflait paisiblement à sa gauche :
« Eh ! Vlad!
-Zzzz...
-
Eh ! Psst ! Faut vraiment qu'on y aille là.
-Mmm ? Pas l
e premier soir enfin ! Zzz...
-Oh ! T'as même pas prépar
é tes affaires ! Secoue-toi !
-... ?!? Hein quoi ? Qu'est
-ce que c'est ! Aaah Ael c'est toi ! Mais t'es pas bien de me réveiller en plein milieu de la nuit non ?
-On par
t ! C'est toi qui voulais m'accompagner !
-Ah ouais minc
e ! Ok ok j'arrive ! J'me dépêche !
-Fais vite s'il te p
laît. Je ne sais même pas où sont postés les gardes.
-All
ons Aelounet! Tu crois vraiment qu'ils organisent des tours de garde comme ils l'ont dit?
S'ils les ont affectés
à la corvée « sales gosses », c'est parce qu'ils ne valent rien sur le terrain ! Ils dorment tous là !
-T'es sû
r ?
-Mais oui !
-Mais si des
gens viennent pour nous dépouiller, ou pire ?
-C'est bi
en pour ça que je veux me barrer d'ici. On n'est pas plus en sécurité avec eux. Alors quitte à éviter leurs engueulades débiles... »
Il avait
raison. Rien ne les retenait ici. Il n'avait d'amitié pour aucun autre des jeunes qui les accompagnaient. Et un groupe trop important aurait posé problème.

***


L'atm
osphère était lourde, et un orage n'allait pas tarder à éclater. Vlad n'y prit pas garde, et avançait rapidement entre les ruines de l'agglomération déserte. Il jouissait d'une parfaite vision nocturne. Un véritable nyctalope. Ael se contentait de suivre. Lui était myope et était content d'avoir son ami pour le guider. Il souriait en pensant que son camarade avait dû acquérir cette aptitude de vision de nuit au cours de ces nombreuses escapades de nuit vers les internats féminins.
Il ravala son sourir
e quand Vlad s'arrêta rapidement, en faisant signe de garder le silence.
Il se baiss
a. Une patrouille de résistants était là. Il suffisait de rester planqué le temps qu'elle passe. Ael ne se sentit pas en danger. Du moment qu'ils ne faisaient pas de bruit, qu'y avait-il à craindre ? Ils étaient à l'opposé de leur direction.
A cet insta
nt le tonnerre gronda dans le ciel. Et Ael sentit sa paume le brûler. Il tenait alors un parpaing sur lequel il s'appuyait. Il le lâcha rapidement et l'examina. Il ne vit aucun mégot ni rien qui ne puisse brûler. Il ne comprit pas de suite. La sensation de brûlure le tenailla encore quelques secondes puis s'estompa. Le plus important était qu'il était parvenu à ne pas hurler sous la douleur. Vlad ne montra aucun signe d'inquiétude non plus. Il n'avait sûrement rien remarqué. Et Ael ne vit pas l'intérêt d'en parler.
Ils reprirent
rapidement leur route. Ils se dirigeaient vers les montagnes, afin d'être plus tranquilles, et d'avoir un bon panorama pour s'orienter à la levée du jour.
Il n'était p
as question de s'arrêter jusqu'au petit matin. A 6 heures ils s'arrêteraient pour manger un morceau rapidement...
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# Posté le samedi 25 août 2007 09:04

Modifié le mardi 28 août 2007 11:06

CHAPITRE III

CHAPITRE III


Lorsque l'achèvement de ma vie surviendra, je regarderai St Pierre en face, et je lui reconnaîtrais que je viens de l'Enfer, que j'ai épargné cette horreur à bien des âmes, et qu'aujourd'hui je voudrais voir disparaître la noirceur de mes ailes pour enfin siéger aux côtés de mon Père. Car je sais qu'il est miséricordieux. C'est le seul espoir qu'il me reste.

D.W.A.C.W.


L'Amour est aussi dangereux que salvateur. Sans amour, il n'y a ni colère, ni passion, ni pleurs, ni rires, ni espérance, ni désespoir.
L'Amour est donc la clé du bonheur. Mais elle peut parfois coûter très cher. Elle peut nous faire douloureusement payer nos erreurs. Certaines erreurs sont naïves et innocentes. Comme la confiance trop grande, le don total de soi, la mise en jeu aveugle de nos biens.
L'Amour fait faire les plus belles et nobles des folies. Mais cela peut parfois vous perdre.
L'Amour vous don
ne droit à une rédemption. Mais elle peut vite infliger à votre coeur l'appétit de ces vers voraces que l'on appelle Cauchemars ! Malgré toute votre volonté de survivre aux trahisons dont vous avez été victimes, vos efforts pour oublier cette réalité, vous voici continuellement rappelé à l'ordre.
L'Amour est le plus létal des poisons s'il se retourne contre vous ! Vous aurez beau courir il vous rattrapera toujours. Nul exorcisme ne vous sauvera. A vous de voir si vous avez la force de vivre avec ou non. A vous de canaliser votre désespoir, de le transformer en colère pour l'utiliser à des fins nobles et reconstructrices ! Repartez sur de nouvelles bases, détruisez vos souvenirs et utilisez cette énergie haineuse pour prendre votre revanche et renaître de vos cendres.
L'Amour refrappera de nouveau et vous pourrez peut-être goûter à la victoire ! Vous aviez le glaive, mais il vous manquait le bouclier.

D
.W.A.C.W.


La lecture du journal avançait, et Ael
commençait à se poser une question. Cette vision de l'amour l'intriguait. L'auteur de ce texte avait-il connu un drame amoureux ? L'allégorie de l'ange aux ailes noires semblait coïncider avec de tels évènements. L'ancien propriétaire de ces écrits s'était-il contenté de coucher sur le papier une ancienne légende ou en était-il l'auteur ? Se contentait-il d'illustrer son propre passé sous la forme d'une fantaisie ?
Il f
aisait froid, et Vlad était absent depuis environ un quart d'heure. Il avait dit devoir soulager un petit besoin mais ça n'aurait pas dû durer plus de cinq minutes !
L'inquiétude co
mmençait à monter. L'immeuble dans lequel nos deux ados s'étaient réfugiés était grand et la visibilité était médiocre au dehors.
Ael ne se prenait pas au risque d'appeler à vive voi
x son camarade.
Il se saisit d'une barre en acier en guise d
'arme de fortune, et se risqua prudemment dans le couloir par lequel s'était engagé Vlad.
Il devait faire bien attention
à la solidité du sol sur lequel il posait ses pas. Il ne pesait pas bien lourd mais l'humidité et le manque d'entretien avaient vite raison des sols préfabriqués des bâtiments administratifs modernes bon marché. Chaque minute semblait interminable et plus il tentait de respirer, moins il semblait y avoir d'oxygène dans l'air. La peur au ventre, il ne se résolut pas à penser qu'il devrait continuer seul. Son ami allait forcément bien, débrouillard comme il l'était. Et d'un autre côté, il fallait bien tenter de s'en convaincre car si Vlad n'avait pas survécu, Ael n'en aurait certainement plus pour longtemps non plus.
Une cruelle sensation d'être observé agaç
ait le jeune garçon. Il finit par se retourner, pensant que ce geste était inutile et n'était motivé que par une prudence exagérée qui commençait à laisser place à la paranoïa. Il était mal à l'aise, comme claustrophobe chronique, affaibli, ridicule. Il avait vraiment envie que les choses bougent, même si ça devait être un mouvement hostile. Mais l'attente était vraiment insupportable.
Il regarda une seconde fois derriè
re lui, et la porte du couloir était close. Il en fut étonné. En effet, il n'avait pas le souvenir d'avoir refermé la porte couverte de mousse sèche derrière lui. Il retourna sur ses pas, et cette fois paniquait réellement. La porte ne pouvait s'être refermée toute seule vu son inclinaison.
Soudain, i
l sentit une main sur son épaule et entendit : « Plus un geste ! ». En "grand héros", il lâcha immédiatement son « arme » et se mit accroupi par terre, en guise de soumission totale. Il entendit alors des éclats de rire francs et déployés. C'était sans nul doute la voix de Vlad. Ael n'avait plus peur, mais se sentit autant vexé qu'en colère ! Ce n'était réellement pas malin :
« Haha haha ! Tu parles d'un guerrier !
-Ma
is t'es complètement malade de faire ça ! Tu te crois intelligent ?!
On risque nos vies dans cette histoire et toi tu pen
ses encore à t'amuser ? Et de quelle manière en plus ? Ah bravo !
-Holà c'est bon ; j'ai fait le tour des horizons ! Il n
'y a personne ! Et puis faut bien t'entraîner. Non ?
-M'entr
aîner ? Mais enfin je n'ai pas envie de jouer les petits soldats moi ! Et puis imagine que je m'accoutume à tes jeux stupides ! Le jour où un réel bandit me menacera de derrière, tu me vois dire « Très drôle Vlad! Essaie encore... » puis me retrouver la seconde d'après orné d'un joli petit trou dans le front ?
-Non en effet. C'est plus trop la mode...
-Bon alor
s ! Ce n'est pas possible ça ! Pourquoi as-tu mis tout ce temps ?
-Je te l'ai dit, j'ai fait le tour du périmètre. Le som
met de la colline n'est plus très loin. J'espère que t'as bien mangé parce qu'on repart tout de suite ! »

***


Décidémen
t c'était à croire que Vlad ne connaissait pas la peur. On aurait dit qu'il se sentait invincible, intouchable, ou que tout cela n'était qu'un jeu. Mais Ael connaissait depuis longtemps son compagnon. Un coeur d'or caché sous une image de chef de bande.
Cette fois-ci le soleil était au rendez-vous, et
réchauffait un peu le coeur de nos deux voyageurs. Ils avaient trouvé de nouveaux vêtements dans un dépôt. Ils n'avaient pas eu l'occasion de chipoter la couleur ou la taille exacte mais ils étaient vraiment contents d'avoir des chaussures neuves et des épaisseurs supplémentaires pour tenir la nuit. Ils avaient même récupéré un nouveau briquet. Non pas pour fumer au grand regret de Vlad mais pour faire du feu. Ils savaient qu'ils risquaient de se faire repérer par un feu s'ils l'allumaient n'importe où. Il faudrait trouver un lieu de bivouac adapté. Ils le trouvèrent au prochain village au sommet de la côte.
Ils s'y reposeraient pour la fin de la journée
et la nuit. Après tout ils n'avaient plus de raison de courir comme des fugitifs. Ils avaient sûrement semé leur ancienne vie.
Ael essuya son visage clair avec un mouchoir. Il était
épuisé. Ses yeux gris lui faisaient mal. Il avait la vue fragile et le savait.
C'était un jeune garçon au visage plutôt
amical, au sourire ouvert, aux cheveux clairs, au front large, au visage fin et aux joues roses et rondes. Il plaisait à tout le monde au premier abord. Mais il était plutôt réservé. Une âme d'artiste baignait dans son coeur. En revanche Vlad avait les yeux noisette, des cheveux plus sombres et des lèvres épaisses. Il était solidement bâti et endurant. Très terre à terre, hédoniste de nature, et toujours partant pour rire, il était complémentaire d'Ael. Ils s'étaient toujours sentis proches malgré leurs différences. Ils arrivaient à un sous-terrain menant à un sous-sol paisible et aéré. L'endroit idéal pour allumer un bon feu et passer une bonne nuit. L'eau circulait encore dans les robinets à proximité des bornes d'extincteurs. Ils firent un brin de toilette, allumèrent le feu, s'installèrent autour et installèrent leurs chaussures à sécher avant de déballer leurs barres de céréales.
Aucun mot
ne fut échangé pendant quelques minutes. Puis ce fut finalement Vlad qui, en fixant intensément le feu, prit la parole :
« Tu sais, moi non plus je ne me souviens pas de mes parent
s...
-Quoi ?
-Oui, je crois même qu'Archer n'est pas mon vra
i nom.
-Qu'est ce qui te fait penser ça ?
-Tu sais... J'ai ét
é élevé par une très gentille femme. Mais ce n'était pas ma mère... Un évènement dramatique dont je ne me souviens plus très bien l'objet avait été à l'origine de la séparation de ma famille avant la guerre. Je crois me souvenir que mon père avait disparu, et que ma mère m'avait confié à la garde d'une de ses amies connue en allemagne. J'ignore pourquoi. Je ne sais pas si j'ai des frères ou des soeurs, je ne sais pas non plus si j'ai des cousins, des oncles,... Je ne connais donc pas mon pays d'origine. Tu vois Ael, on n'avait déjà pas de passé ni toi ni moi, et la guerre nous a enlevé notre avenir... »

Vlad parlait sur un ton qui était jusqu'alors inconn
u aux oreilles de son ami. Il n'avait jamais eu l'air aussi sérieux. C'était la toute première fois qu'il se confessait ainsi. On aurait dit qu'il prononçait ses dernières paroles, ou ses premières. Il avait un air si solennel. Ael soupçonnait bien l'existence d'un tel secret dans la mémoire du garçon qu'il avait en face de lui. Il le regardait avec des yeux neufs. Comme s'il le découvrait après un voyage initiatique de plusieurs années. En effet Vlad n'avait pas la réputation d'être mature. Et cette soudaine envie de se confier montrait son vrai visage :
« Au fond
de moi, je sais que je donnerais tout pour pouvoir serrer dans mes bras ma mère, mon père, ou juste savoir qui je suis. Peut-être que je comprendrais mieux qui je dois devenir. Tu comprends ?
-Tu sais que c'est
aussi le but de ma quête. Je sais que j'ai l'air ridicule à m'attacher à ce bouquin qui n'a aucun sens. Mais c'est tout ce que j'ai Vlad. Le monde ne laisse à notre génération comme héritage que des ruines. La pollution sous toutes ses formes, la division, l'insalubrité,... On avait créé la bombe nucléaire pour dissuader, mais comme on jouait à armes égales, on revenait au point de départ. En effet ça a fonctionné un certain temps, mais on savait que si ça devait échouer, ce serait irrécupérable. Aujourd'hui nous ne sommes plus que deux milliards de survivants dont six cent millions vont bientôt mourir à cause du manque de services médicaux efficaces, de la famine, des irradiations, de blessures graves, d'un virus létal,...
Les rés
eaux de drogue ont fleuri à grande vitesse. Les gens ne vont plus à l'église, se réfugient dans des substances toxiques, des sectes,...
Ils s
e replient sur eux-mêmes. Les moyens de communication sont démantelés. Chaque région du monde est aujourd'hui isolée. Les hommes s'étaient rendus dépendants de la société de consommation et le petit confort qu'ils s'étaient donnés. Aujourd'hui ils sont faibles et dépendants. Nos chances de retrouver notre passé sont aussi faibles que celles de trouver un avenir. Nous sommes propriétaires d'une poubelle de quarante mille kilomètres de diamètre... Je me réfugie aujourd'hui dans le rêve que me propose ce livre parce que c'est ce qui a toujours motivé les plus grands actes accomplis par l'Homme. Le rêve. Le rêve est ce qui a permis aux hommes les plus désespérés de garder espoir. Le rêve est ce qui a donné aux soldats les plus affaiblis de remporter les plus belles victoires. Le rêve est ce qui a donné le courage aux peureux de regarder la mort en face.
-Ael, le rêve n'est q
u'une illusion.
-Sauf si tu te bats
pour le réaliser.
-Ecoute-moi bien
. Le rêve est l'échappatoire trouvée par ceux qui n'avaient pas la force de voir la réalité en face. Oui, tu as raison l'Histoire nous lègue un monde pourri ! Et il va falloir l'accepter ! Ce sont ceux qui savent ouvrir les yeux qui prennent les choses en main. Pour avancer, il faut savoir regarder la route qui nous fait face. Parfois, il ne faut pas regarder vers le ciel pour guetter un signe du destin mais se pencher pour voir la petite pièce de monnaie qui te permettra de manger à ta faim. Il faut parfois oublier les idées de justice et serrer le poing pour frapper le plus fort possible au visage de celui qui veut te prendre tes vêtements chauds. Pour être parfaitement franc j'ai erré deux ans dans les rues avant de me faire ramasser par l'orphelinat et de te rencontrer. Tu es arrivé le même jour que moi, mais toi on t'a amené. Tu étais inconscient. C'est moi qui ai dit que je m'appelais Archer parce que c'est le nom que m'avait donné la femme qui m'a élevé. J'aurais pu dire n'importe quoi, choisir de changer de nom. Alors tu vois toi et moi nous sommes pareils .A ceci près que tu ignores comment c'est dehors ! Je suis venu avec toi parce que je savais que tu ne tiendrais pas trois jours tout seul. J'aurais pu m'enfuir de mon côté plutôt que de subir tes lubies et ton bouquin !
Le rê
ve... La connerie humaine à l'état pur ! C'est ce qui fait croire aux faibles qu'ils sont forts ! Bah au moins comme ça, ils meurent plus tôt et on accélère la sélection naturelle...
-Je ne peux te laisser dire
ça Vlad. Retire ce sourire de tes lèvres ! Je comprends un peu mieux aujourd'hui ta vision des choses. Ce n'est pas étonnant que tu n'attendes plus rien de la vie au jour d'aujourd'hui. Mais dis-toi bien que tous les plus grands visionnaires n'étaient pas des fils à Papa qui ignoraient les rouages de ce monde. En revanche ceux qui finissaient par perdre la raison ou qui s'ôtaient la vie étaient ceux qui avait laisser s'échapper la dernière goutte de rêve dans leur coeur ! Ils étaient desséchés. Ils n'éprouvaient plus rien si ce n'est la solitude, l'attente de la mort. Car si la vie leur avait pris le rêve, ils n'avaient plus attendre que la mort leur prenne le reste. Ils n'étaient plus qu'une coque vide, un navire sans port, qui n'avait plus qu'à attendre de sombrer. Tu veux vivre juste pour continuer ton existence ? Mais la vie sans rêve ne vaut pas mieux que la mort ! Tu n'es pas de ces gens là. En effet tu gardes bien les yeux ouverts et tu connais les dangers qui t'entourent ! Et j'ai besoin de toi ! Mais sois aussi un peu honnête avec toi-même. Si tu n'avais pas de rêves enfouis en toi, continuerais-tu à te battre ? Vas-tu me faire croire que seule la peur de mourir motive tes actes ? Serais-tu un animal Archer ? Une bête guidée par l'instinct, pensant à assouvir ses besoins primitifs ?
-Arrête de me narguer Ael !
Nous sommes des animaux ! Nous en avons toujours été ! Regarde ce que notre planète est devenue ! Oserais-tu appeler ça le travail de la civilisation ? Nous ne sommes que deux insignifiants insectes dans cette immense fourmilière en ruine ! Les gens se battent pour manger, volent, tuent. On ne sait plus qui se bat pourquoi ! On ne sait plus où va cette guerre ! Il n'y a plus de frontières, de patries. Il n'y a plus rien ! Que veux-tu que nous soyons d'autre ?
-Penses-tu réellement ce que t
u viens de dire ? Vas-tu me faire croire que tu n'es qu'un mammifère qui ne croit en rien et qui n'a plus aucune sensibilité ? J'ai du mal à te croire quand je regarde les larmes qui roulent sur ton visage. Vlad... Tu es mon ami...
-Fous-moi la pa
ix ! Epargne-moi ce genre de remarques ! Je chiale pas !
-Pourquoi tu t
'énerves ?
-Parce que tu ne veux pa
s comprendre ! Tu ne grandiras jamais ! Tu vis tout un roman ! Mais ouvre les yeux bon sang ! Vis la réalité ! Vois ce qui est plutôt que ce que tu voudrais voir ! Sinon on fera jamais rien de toi ! Que vas-tu faire maintenant hein ? C'est bien beau tout ce que tu dis, mais en quoi ça t'avance ? Qu'as tu de concret à proposer pour les jours qui viennent ? Est-ce que ton sale bouquin va t'aider de ce point de vue là ?!
-E
coute je ne t'ai jamais demandé de me suivre Vlad. Tu es fatigué, et je comprends que tu sois désespéré. Tu as raison, la situation n'est pas jolie jolie. Et malheureusement je n'ai aucune situation miracle à te proposer. Je ne prétends rien. Je veux juste que l'on garde ce qui nous reste. Notre dignité. Il serait stupide de rejeter la seule chose que l'on ne nous a pas encore enlevée. Je garde mes rêves dans mon coeur parce que sans ça, je n'aurais rien pour me guider. Je sais que tu as du mal à te fier à quelque chose d'abstrait, et je pense que c'est cela qui te donne cette colère ; tu n'as aucune prise concrète sur laquelle t'appuyer. Et tu acceptes mal le fait de devoir compter uniquement sur tes rêves. Tu aimerais te convaincre que tout cela n'est que chimère. Mais il faut bien reconnaître que c'est tout ce que nous avons aujourd'hui. Alors ne fais pas la fine bouche et ne me fais pas croire que tu n'es qu'un chien, parce que c'est vraiment pathétique de t'entendre dire ça ! Allons calme-toi et bouffe un peu tu tiens à peine debout. Garde ton énergie pour le moment où tu en auras vraiment besoin. Je ne te demande que ça.
-Oooh monsieur fai
t son sage. C'est trop facile. Moi je désire simplement te faire comprendre que tu n'iras pas loin en t'accrochant à ce torchon.
-Et moi je m
aintiens que tu n'iras nulle part si tu ne crois en rien.
-Parfait. O
n se comprend. Alors que fait-on chef ?
-Chef ?
-Tu sais parfaitement q
ue c'est ironique. Je veux juste savoir si, puisque tu es si malin, tu as prévu quelque chose pour la suite.
-Bah là je ne vois pas très bien
où tout cela nous mène. Mais je vais y réfléchir. Et si toi tu as une proposition, je t'écoute avec attention. »

Ce dialogue n'aboutissait
pas, et tous deux n'avaient aucune envie de poursuivre. Cette dispute cachait en fait un parfait accord sur le fait que c'était frustrant de n'avoir nulle part où aller. Il se faisait tard. Il fallait évidemment se rendre à l'évidence : ça n'est jamais facile de n'avoir aucun but précis à poursuivre, et on est alors bien plus irritable. Cela n'aurait rien arrangé qu'ils se fâchent. Ils étaient différents, et devaient faire avec.
Tout ce qu'ils voulaient,
c'était savoir qui ils étaient, et savoir quel avenir s'ouvrait à eux. Qu'y avait-il de mal à cela ?
Vlad
s'était endormi en tournant le dos au feu, alors que Ael s'en était approché pour pouvoir poursuivre à son aise la lecture du fameux journal.
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# Posté le samedi 25 août 2007 09:10

Modifié le mardi 28 août 2007 11:21